Accouchement à la maison, allaitement long, couches lavables, la liste est longue et vous horrifie. Elle décrit pourtant mon quotidien et me range donc dans la case de ces femmes que l’écologie « renvoie à la maison »… Méchante écologie phallique qui opprime les femmes du XXIe siècle ! Devant une telle caricature, je me sens contrainte de vous répondre.
Repenser le monde du travail et de l’agro-alimentaire
Je ne comprends pas votre cheminement. Vous listez les scandales sanitaires avec justesse, mais la seule conclusion que vous en tirez, c’est qu’ils vont sonner « le glas de la libération de la femme » et que Nicolas Sarkozy a raison de vanter les couches jetables ! De la même manière vous décrivez les difficultés pour les mères (mais ce n’est pas nouveau !) de retourner au travail après un, deux, trois enfants, et vous incriminez l’écologie. Pas un instant vous n’envisagez que ce soit le monde de l’agro-alimentaire et du travail qui soient à repenser.
Mère contre enfant, père zappé
Vous opposez le bien de l’enfant et le bien de la mère. Vous déniez tout rôle au père et vous évitez de trouver une solution qui permette de concilier les deux. Une main sur un œil, vous semblez ne voir le monde que de l’autre, comme s’il était coupé en deux moitiés strictement inconciliables : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Pour vous, la « tyrannie verte » ne concerne que les femmes et vous zappez totalement le rôle des hommes (tyrans ? absents ?). Bien sûr c’est la femme qui donne le sein, mais ne me dites pas que vous ne connaissez aucun couple biberonnant où l’homme continue de ronfler pendant que la femme se lève pour préparer le bib’ ! Quant aux couches lavables, je vous signale que l’on a inventé la machine à laver il y a un certain temps déjà.
Vous parlez de la quête éperdue d’une vie 100 % bio et là, vous avez raison, ça n’existe pas. Il s’agit à l’échelle globale de la planète de faire pencher la balance du côté d’une vie plus saine. Mais pourquoi parlez-vous sans cesse des mamans ? Je connais des centaines de papas qui ne sont pas tous chez les Verts et qui sont les premiers à s’inquiéter et à se proposer pour offrir une vie plus saine à leurs enfants. Vous citez des chiffres sur la répartition des tâches ménagères… qui ne sont pas le reflet du peuple écolo où les compagnons des soi-disant femmes des cavernes sont au contraire particulièrement présents.
La modernité ne peut faire l’impasse sur l’humain
Je me demande dans quel cerveau a pu naître l’idée que l’allaitement était une « aliénation totale » ! Pas un instant vous ne vous demandez si la mère peut y trouver du plaisir. Nous ne sommes pas des vaches qu’on trait, nous donnons un peu de nous-mêmes et nous recevons en échange. La modernité qui semble pour vous n’exister que par l’industrie (machines, aliments artificiels, etc.), ne peut de mon point de vue faire l’impasse sur l’humain. L’allaitement n’est pas une aliénation, c’est un lien au contraire. Un parmi d’autres. A chaque couple (et j’insiste sur le fait que c’est une décision qui se prend à deux) de faire son choix.
Vous citez des phrases excessives et caricaturales pro-allaitement, mais j’en ai tout autant entendu dans l’autre sens. Il n’y a aucun intérêt à dresser d’un côté des féministes de la première heure qui feraient passer leur émancipation avant leurs enfants, et de l’autre des écolos arriérées qui s’abîmeraient dans les couches. Quant à la liberté féminine dont parle Elisabeth Badinter, si elle ne passe que par des petits pots et des couches jetables, c’est une bien piètre liberté.
Sur l’accouchement à la maison vous enfoncez le clou en mettant en exergue un fait divers dramatique sans penser que l’hôpital aussi est responsable de cas tout aussi tragiques (et rares heureusement) de décès de la mère ou de l’enfant. Les femmes qui accouchent à la maison ne souhaitent pas la douleur et n’y voient aucune dimension biblique. Pour moi, la douleur était le dommage collatéral d’un meilleur respect… de moi en tant que femme. Pour moi, être ligotée dans la position la moins efficace avec des tuyaux partout était une négation de ma féminité et de mon statut d’être humain. Je ne veux imposer ce ressenti à personne, je veux que cela puisse être mon choix comme dans d’autres pays d’Europe.
Bref notre prétendu retour à l’âge de pierre se fait tout de même avec des machines à laver, des machines à pain, des sages femmes équipées de monitoring tout à fait modernes, des épilateurs (si, si !) et des ordinateurs reliés à internet…
Nous, aujourd’hui, nous savons
Vous dites que nous allons le payer cher ? Ce ton comminatoire semble oublier un petit détail… ce que nous payons cher aujourd’hui, c’est votre émancipation. Car c’est au prix de votre liberté puis de la nôtre, hors de question de le renier, que nous avons hérité d’une planète dévastée, polluée par des couches jetables, des meubles à bas prix et des aliments dénaturés qui vous ont permis de quitter les fourneaux auxquels des générations d’hommes (et de femmes) vous avaient assignées. Attention, je ne critique pas votre combat, comment le pourrais-je, car d’une part c’est grâce à vous aujourd’hui que je vote, que je travaille, que j’ai mon compte bancaire, etc. et que d’autre part vous ne saviez pas. Vous avez fait confiance à l’industrie, à l’agro-alimentaire qui vous serinaient d’aller travailler l’esprit tranquille puisque les produits inventés pour vous soulager des corvées étaient d’une totale innocuité. Vous ne saviez pas… mais nous, aujourd’hui, nous savons. Bien sûr qu’il y a un retour de bâton, bien sûr qu’il est excessif. Il faudra un peu de temps pour arriver à une position médiane raisonnable, mais vos propos n’y aideront certainement pas.
Nous sommes la génération de la réparation
Nous vivons dans un monde qui ne ressemble pas au vôtre. Nous avons perdu la légèreté, l’insouciance, pour plonger dans un cauchemar où, comme vous le précisez justement, chaque jour apporte sa nouvelle annonce d’une catastrophe sanitaire et environnementale à venir. Alors nous n’avons pas le choix. Vous avez été la génération de la conquête, nous sommes la génération de la réparation. Vous avez créé, nous devrons détruire… et réinventer.
Car l’écologie n’est pas ce triste enfer gris que vous décrivez. C’est notre réponse, notre combat à nous, femmes du XXIe siècle, pour tenter d’offrir à nos enfants un monde vivable. Et si certaines d’entre nous renoncent à travailler, ce n’est pas à cause de l’écologie, c’est leur choix, tout simplement. Ce n’est pas le mien. Des femmes déçues par le monde du travail qui s’abîment dans la maternité ? Il y en a… autant que de femmes déçues par leur maternité et qui se jette à corps perdu dans le travail. Comme de nombreuses autres femmes, j’ai pour ma part choisi de consacrer une année ou deux de ma vie pour donner à mon fils mon amour, mon temps, un cadre de vie moins pollué et des aliments sains. Bientôt je vais reprendre ma vie de femme active en ayant la sensation d’avoir apporté ma pierre à l’édification d’une société différente.
Et non, je ne veux pas « tuer ma mère » qui avait arrêté de travailler pour nous élever, je veux faire mieux qu’elle : m’occuper de mon enfant ET me réaliser au travail. Je veux les deux et je pense qu’une société moderne doit pouvoir m’offrir cela.
Aidez-nous à construire le XXIe siècle
Vous vous trompez de combat. L’écologie n’est pas plus l’ennemie de la femme que la voie d’un retour au Paradis terrestre. Vous devez comprendre que le combat environnemental n’est qu’une partie de la vision globale d’une société où la femme a toute sa place (mère et femme). Il n’y a pas de « morale écologique » qui condamne des « petites choses » ! Il y a une planète polluée sur 100 % de sa surface et sur laquelle les femmes comme les hommes ne pourront bientôt plus vivre. Il y a de nouveaux combattants, femmes et hommes, des militants de leur époque qui voient dans leur lutte une suite logique à celle des féministes de la première heure et non un antagonisme aussi violent. Mais cette lutte est vaine si elle est isolée. Ne nous jugez pas du haut de votre XXe siècle, aidez-nous à construire le XXIe siècle.
L’article de Marianne est consultable sur :
http://tinyurl.com/5vv4aa
http://tinyurl.com/5zjgan
http://tinyurl.com/6zt7p6
Des commentaires postés sur le site de Marianne sont également consultables ici
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"Bravo pour cette réaction intéressante (je découvre votre blog au passage). J’apprécie de voir une vision féminine dépassionnée des hommes, ne voyant pas des phallocrates prêts à mordre à tous les coins de rue. Vous semblez être de celles qui ont enfin accepté les victoires du féminisme, contrairement à beaucoup qui pensent encore que les hommes sont tous suspects. Des rapports apaisés, d’égal à égale. C’était l’objectif non ?
J’ajouterais juste que Mme Badinter voie dans les couches jetables et la bouffe industrielle un outil de libération par la simplification du quotidien des mères. Supposons que le progrès soit positif techniquement. Mais quid des pères ? C’est censé leur simplifier la vie à eux aussi après tout, non ? Mme Badinter n’a t’elle jamais vu de jeune papa s’atteler naturellement aux couches et petits pots ?
Effectivement, on ne doit pas vivre dans le même siècle, voire millénaire.
Un phall... non pardon... un écologiste (homme)
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"En réaction cet article, je tenais à exprimer ma propre expérience et vision des choses. L’écologie ne m’a pas renvoyée à la maison. Mais le "bon sens", tout simplement, et la responsabilité que nous avons de laisser à nos enfants un monde vivable, m’ont fait faire des choix de vie. Pour le moment, je mélange des gestes de bon sens à des actions de consommation que m’offre la société actuelle. Mais nous tendons de plus en plus, avec mon mari, à diminuer la consommation outrancière.
J’ai allaité mes 2 enfants complètement pendant mes congés maternité puis, matin et soir jusqu’à leur 1 an quand j’ai repris mon travail. Si mon fils ainé a mangé quelques pots de bébé, ma fille elle, n’a eu droit qu’à des puréés maisons, même en ayant repris le travail. Biensûr, pour cela, je ne peux plus me permettre de travailler 50 heures par semaine comme on le fait quand on est jeune et qu’on commence dans la vie active. MAis je fais largement mes 39h et +. J’ai failli passer aux couches lavables mais je n’ai pas eu assez de courage pour le faire en plus de mon travail. Je le regrette un peu aujourd’hui. NOus avons un petit potager (certes, cela n’est pas donné à tout le monde). Mon mari est agriculteur et produit des pommes de terre que nous livrons chez les gens. ILs sont ravis. Cela aussi, c’est du bon sens. Consommer des pommes de terre non lavées, presque bio, produites localement. Nous ne mangeons pas bio mais je suis passée aux produits bio pour 100% de mes produits d’entretien.
Voilà, c’est juste un extrait de ma vie mais c’est pour montrer qu’on peut avoir des gestes de bon sens tout en ocntinuant de s’accomplir dans le travail.
MAis plus j’y pense, plus je me dis qu’il serait peut-être bénéfique pour mes enfants d’arrêter de travailler pour consommer encore moins.
Et pourtant, je ne suis pas du genre à tout donner à mes enfants. D’ailleurs, dans la "vieille école", les enfants étaient loins d’être "enfants rois " au contraire (rappelez vous, les bébés étaient emmaillotés). Il y avait tellement de tâches à faire à la maison que les enfants n’avaient pas tout ce surplus d’attention qu’ils ont aujourd’hui et qui en fait des enfants gâtés, perdant le sens du respect des choses et des personnes.
Voilà. Je suis jeune maman qui aime travailler mais qui en a assez de consommer et qui ne supporte plus d’être envahie par le "système", celui qui nous met dans un moule terriblement dévastateur pour la planète, nous laissant croire qu’on a, grâce à lui, accès à la liberté, aux loisirs.......
Le discours féministe devrait être un peu révisé et évoluer avec son temps.
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"
"Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison"